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Tourisme/Marrakech: L’hébergement informel explose

S’il devait y avoir une priorité pour les opérateurs touristiques en ce moment, ce serait bien l’hébergement informel. Ce chantier occupe les esprits et inquiète les patrons d’hôtels et maisons d’hôtes, mais aussi les autorités locales (la wilaya) qui tentent un énième recensement pour réduire le phénomène. C’est que celui-ci a pris de l’ampleur avec plus de 40.000 lits (estimations des professionnels du tourisme) rien que dans la cité ocre.

L’offre informelle représente près de 65% de la capacité d’hébergement formelle et classée et qui est de 65.000 lits. Autant de pertes sèches pour l’économie du tourisme et les trésoreries des unités. Car si Marrakech a repris des couleurs auprès de certains marchés touristiques traditionnels, la concurrence du secteur informel, en constante augmentation ne permet pas aux opérateurs de sortir la tête de l’eau. Dans des villes comme Marrakech où la capacité litière est importante, le flux touristique, s’il ne baisse pas chaque année, stagne et les marges bénéficiaires se dégradent et ce, pour l’ensemble des catégories d’établissements d’hébergement.

L’informel est devenu une pieuvre aux multiples tentacules avec des réseaux bien installés. Déjà, en 2010, l’observatoire du tourisme avait tiré la sonnette d’alarme. Une étude qu’il avait commanditée avait indiqué qu’à peine 50% des touristes individuels qui arrivaient à Marrakech séjournaient dans les hôtels. Ce qui explique d’ailleurs le gap entre les arrivées touristiques enregistrées à l’aéroport et celles opérées au sein des hôtels.

Depuis 2010, le phénomène n’a cessé d’augmenter, notamment après l’arrivée d’Airbnb. Pour les opérateurs locaux, il contribue au bradage de la destination. En effet, face à la gigantesque offre informelle, les hôteliers qui ont traversé plusieurs crises durant les 5 dernières années, ont baissé leur prix. Les 5 étoiles vendent au prix des 4 étoiles qui eux-mêmes vendent au prix d’un 3 étoiles. Une dégringolade jamais vue.

De fait, et malgré la croissance affichée en 2017, la valeur ajoutée du tourisme est quasiment écrasée.  Sur le terrain, cela se traduit par des marges qui ont perdu 10 à 15 points, nerf de la guerre, et qui se tassent de manière consécutive. «On a très peu de marge de manœuvre au niveau des prix et personne n’en parle», reconnaît un professionnel de la place. Pour arrêter cette érosion et remonter les prix, il faudra plus de trois années de reprise avec un accompagnement politique pour augmenter l’attractivité de la destination, un développement de l’aérien et surtout une solution pour réguler l’informel.

Le phénomène évolue dans un marché opaque, polluant l’industrie hôtelière, et échappant à un grand nombre d’impôts. Et ce, devant une indifférence totale des autorités locales et des institutionnels, regrette Lahcen Zelmat, président de la Fédération nationale des hôteliers (FNIH). Dans certaines villes, le phénomène fait mieux en chiffre d’affaires que les hôtels et les maisons d’hôtes -surtout en période de pointe et de haute saison.

Plus que toute autre catégorie, l’informel touche la clientèle individuelle et familiale qui trouve son compte en louant un appartement et en s’offrant un hébergement à moindre coût. La clientèle d’affaires en revanche plus stable et fidèle permet non seulement de maintenir des taux d’occupation élevés tout au long de l’année, notamment pendant les périodes touristiques creuses. C’est d’ailleurs pour cela que les hôteliers de Marrakech souhaitent augmenter la part du tourisme d’affaire qui reste un segment encore épargné par la cannibalisation de l’informel.

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